Un quêteux du nom de Métivier, reconnu pour sa petite taille, parcourait chaque année les rangs de la paroisse de Saint-Sylvestre et visitait quelques familles. Très jovial, malcommode même, il était toujours accueilli avec générosité par les paroissiens qui adoraient l’entendre conter ses histoires loufoques et ses bonnes blagues. Or, un jour, en se rendant dans le rang de Beaurivage, il se sentit malade et n’eut d’autre recours que de se reposer sous les arbres.

Monsieur et madame Faucher de Beaurivage, allant visiter des parents à Saint-Bernard ce jour-là, empruntèrent la route Cyr et remarquèrent le panier du quêteux de l’autre côté de la clôture, au bout des terres. Sans y prêter plus d’attention, ils pensèrent que leur quêteux avait traversé la clôture pour faire ses besoins naturels. Quelle surprise pour le couple quand, le lendemain, à leur retour, ils trouvèrent le panier à la même place ! Aussitôt arrivés à la maison, inquiets du sort du mendiant, ils alertèrent le voisinage.

Répondant à l’appel, plusieurs hommes partirent en hâte à la recherche de ce personnage tant apprécié. Il fallut quelques heures pour le retrouver dans un piètre état, sous les sapins. Après avoir amené le quêteux chez monsieur Alphonse Létourneau pour le laver, les volontaires attristés le transportèrent chez monsieur Eustache Gilbert. Puis, on alla quérir le curé Verret qui administra les derniers sacrements au pauvre malheureux, juste avant qu’il ne rende la vie. Le glas sonna au village, annonçant le décès à toute la paroisse.

À la demande de monsieur Gilbert, on exposa le corps dans sa maison, et ce fut monsieur John Marcoux qui fit sa toilette. N’écoutant que leur charité et leur grande générosité, les gens de Beaurivage se cotisèrent pour acheter les vêtements nécessaires à l’exposition du défunt. Toutes les dépenses occasionnées par le décès furent payées, jusqu’au service chanté par monsieur le curé Verret.

Encore aujourd’hui, on se souvient des funérailles de feu le quêteux puisque deux événements cocasses vinrent ébranler les bonnes gens de la paroisse. À cette époque, il fallait aménager une pièce à la maison et préparer les planches pour exposer le corps, chez monsieur Gilbert en l’occurrence, dans ce cas-ci. Comme le cadavre était fort rigide, des malins décidèrent de le placer debout, dans le coin, en attendant que tout soit prêt. Quelques instants plus tard, une femme du voisinage décida de faire une petite visite de sympathie, en avance… Elle faillit perdre connaissance en voyant le mort, les cheveux coupés, la barbe rasée, debout dans le salon. Elle crut à un mort-vivant. Imaginez la pauvre dame ! Elle s’en retourna plus vite que venue et ne prit même pas le temps de réciter la prière habituelle ! Le quêteux Métivier devait rire dans sa barbe en broussaille, haut perché au paradis.

Le deuxième soir, monsieur Alphonse Pageot, ayant une peur morbide des morts, vint veiller le corps du mendiant, bien allongé sur les planches cette fois-ci, un sou déposé sur chaque œil et un chapelet autour de ses mains jointes sur sa poitrine. Un peu fatigué, monsieur Pageot s’endormit sur un banc. Devant ce fait, les autres veilleurs, qui le connaissaient bien, en profitèrent pour lui jouer un vilain tour en quittant la pièce à son insu, sans mot dire. Quelques instants plus tard, le chat de la maison sauta sur le banc du dormeur et le réveilla brusquement. Il jeta un coup d’œil autour de lui pour constater qu’il était seul avec le mort. Pris de frayeur, il ouvrit la porte et enjamba toutes les marches de l’escalier d’un seul coup, se jurant qu’on ne le reprendrait plus jamais. Même mort, le quêteur farceur inspirait les gens à jouer des tours et à profiter de la vie !

Source : Saint-Sylvestre se raconte 1828-1978, sous la direction de Julien Bilodeau.

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